Alchimie verte

Un art de guérison

« Des médecins qui se contentent de répéter et donc de prendre pour vérité ce qui est écrit dans les livres ; ceux donc qui suivent aveuglément Avicenne ou Galien. C’est cela le labyrinthe : de puiser le savoir et le savoir-faire dans le « livre des hommes », alors que l’unique source du savoir et de l’art ne saurait être tiré que du « livre de la nature ».

Apprendre de la nature ? En effet, un écrit ne fournit pas de certitude ; répéter c’est tourner en rond. Savoir par contre, c’est être certain ; plus que cela c’est voir ! C’est laisser luire en soi la lumière que la nature allume en nous ; elle l’y allume, certes, mais seulement si nous sommes disposés à l’y laisser paraître. Cette disposition est essentielle. Elle suppose que l’homme ne la voile, ne l’obscurcisse – par l’immodestie de l’érudition, par exemple, ou par l’obstination d’un croire-savoir, ou par un défaut d’attention.

La nature te montre elle-même, dans les choses naturelles, comment tu dois t’y prendre pour que ton remède soit efficace.

Puisque l’alchimiste sait ainsi manifester ce que recèle la nature, sache que la force est différente dans les bourgeons, différentes dans les feuilles, différentes encore dans les fleurs, différentes enfin dans les fruits verts puis dans les fruits mûrs ; c’est proprement merveilleux de constater comme la première pousse de l’arbre diffère de la suivante, dans la forme aussi bien que dans la vertu. Par conséquent la connaissance qu’on voudra bien en acquérir doit suivre attentivement cette progression du premier bourgeon jusqu’aux fruits mûr – car c’est ainsi que procède la nature…. »                                                             Paracelse

Effectivement, suivre une recette ne suffit pas pour trouver un réel accord de travail avec les plantes. Le livre de Viviane le Moullec: «Nos amies les plantes» aux éditions du Dauphin, permet d’initier ce chemin de rapprochement vers la connaissance acquise dans le grand livre de la nature. Malheureusement, la première étape de ce processus reste ardue pour la plupart d’entre nous.

C’est suite à cette constatation qu’est née l’idée de proposer un parcours autour de cette étape*¹ intitulé : «L’entrée en relation avec les êtres plantes». Une étape qui peut être insurmontable pour les citadins que sont devenus grand nombre d’entre nous, même en pleine campagne ! Car au delà des connaissances insuffisantes sur les plantes, c’est en fait plutôt d’un manque d’initiation aux mystères de la nature dont nous souffrons. En effet, dans notre société, les végétaux sont généralement perçus, soit comme des matières premières dont ont peut tirer profit soit totalement ignorés, voir éliminés.

Il n’y a pas si longtemps encore, tout le monde avait des connaissances basiques sur les vertus des plantes, et nombreux étaient ceux qui entretenaient de vraies relations d’amitié avec certaines espèces. La plante était alors perçue plus comme un être vivant qu’un objet. Aujourd’hui, nous n’en savons que très peu de choses. C’est presque paradoxal de voir qu’en quittant le mode de vie et l’autarcie des générations qui nous précédent, nous avons perdu la conscience de l’interdépendance qui nous lie au végétal.

J’ai donc la chance d’avoir eu une grand-mère montagnarde, fière de son indépendance, pour me transmettre cette vision. Depuis toujours, elle m’a emmené ramasser les plantes, une activité qui pour moi n’a jamais semblée très programmée. Nous partions en balade et ramassions ce que nous trouvions en chemin. Tout était commenté et expliqué, mais cela avait pour moi la saveur des contes pour enfants. Aujourd’hui, je sais qu’elle avait une sorte d’horloge interne : le temps était venu pour aller cueillir les pulmonaires, le taconnet*² ou l’épine vinette. Elle suivait une lignée familiale où avant elle, sa grand mère était sage femme et la sœur de sa mère une des guérisseuse du village.

Encore aujourd’hui, ce lien me guide sur la voie de l’alchimie verte. Car lorsque l’on parle d’ «entrer en relation avec la plante», cela semble très simple. Mais une fois assis à ses cotés, nous nous sentons souvent bêtes, maladroits et ridicules. Par où commencer ? Lui parler à haute voix ? Essayer autre chose ? Mais quoi ? Sans mes expériences familiales, il m’aurait fallu bien plus de temps pour y arriver !

En quinze ans d’expérience, j’ai découvert que les plantes sont des êtres extraordinaires, qui m’ont soutenue et épaulée au delà de toutes attentes pour me permettre d’apprendre. Je sais que ce rapprochement en est encore à ses débuts mais forme le souhait que ce chemin s’élargisse, aussi pour les autres, à la rencontre d’une belle indépendance.

Car en vivant cette expérience, nous avons la possibilité de percevoir réellement ce qui nous lie à notre environnement. Ce regard est vital pour ne pas détruire totalement notre espace de vie commun. Parfois, il semble que nous oublions que nous ne pouvons survivre sans végétaux.

Les plantes sont aussi nos meilleures alliées pour la guérison. A condition d’être perçues dans leur vraie nature, elles peuvent faire de petits miracles. Chez nous, nous avons perdu une grande part de notre connaissance des plantes en perdant la vision de leurs propriétés énergétiques ou spirituelles. Dans nos traditions populaires, certains usages survivent encore…mais se perdent lentement, car la chimie et l’étude des principes actifs remplace petit à petit le contenus de nos mémoires.

Pourquoi faut-il cueillir la verveine par surprise ? Il y a d’anciens textes qui donnent des conseils saugrenus au regard de notre vision actuelle. Ils peuvent se comprendre, si nous acceptons que la médecine fût un art avant d’être une science. Et oui, il fût un temps où la guérison était un art, un moyen de créer un surcroit de vie pour retrouver le bien être. Entre la plante et le désordre, le rôle du thérapeute était de créer des ponts féconds.

En ce qui concerne les plantes, dans notre vision mécaniste, nous voulons des effets reproductibles et trafiquons les matières premières pour avoir des principes actifs toujours identiques. Il semble qu’à force de côtoyer les machines, nous nous attendons à ce que les plantes fonctionnent ! Il y a toute une part de la recherche pharmaceutique qui reproduit les effets des plantes médicinales, sans utiliser les plantes mais seulement leurs principes actifs. Ces préparations, même si elles sont pointues, sont le fruit d’une recherche de profit effrénée et éloignée du vivant.

C’est si dommage ! Il est possible de travailler en collaboration avec les « êtres plantes ». De par nos interactions et nos échanges avec l’esprit de la plante nous pouvons créer des préparations qui vont avoir une action légèrement différente de la normale, mais qui seront pleinement adaptée à la situation.

Il est vrai que la médecine conventionnelle en se concentrant sur notre corps physique, prend très bien soin des douleurs et maux qui se situent à ce niveau là. Il y a d’autres traditions où la souffrance (non physique) est perçue comme plus grave que la douleur et traitée de façon prioritaire avec toutes sortes de moyens souvent peu explicables ou compréhensible à nos yeux, mais combien efficace !

Et c’est là que se situe le niveau d’action de l’alchimie végétale. L’élixir réalisé est le fruit d’un travail commun entre deux êtres de règnes différents et le fruit de cette rencontre particulière. Il ne sera ni neutre, ni reproductible à large échelle, mais spécifique et chargé aussi bien émotionnellement que spirituellement d’énergies pour soutenir un chemin de santé, au delà de l’absence de symptômes. Il s’agit d’échanges, de rencontres, de croissance… d’amour en somme ! Ces élixirs ne sont pas concrètement à considérer comme des remèdes, mais plutôt comme des ouvertures, riches en nouvelles informations qui nous propulsent hors de notre vision de grenouille des puits. C’est pour cela que le seul effet secondaire qu’on puisse parfois trouver, est une petite échappée de l’âme…

Il est sage de prendre conscience de ces répercussions et de leurs effets sur l’ensemble de notre être, aussi bien extérieur qu’intérieur, tout en restant à l’écoute des événements. Les plantes sont des guides merveilleux pour nous rendre attentifs à la nécessité d’une réelle prise de responsabilité de ce que nous vivons et de ce que nous pensons. Agir dans le respect de la nature, de l’autre et de soi, est à la base de tout travail alchimique.

L’alchimie végétale est donc une voie de guérison simple, à la portée de tout le monde et utilisable de façon conjointe avec toutes sortes d’autres approches. Il est d’ailleurs souhaitable de trouver des ponts et de construire des passerelles de façons à utiliser au mieux toutes les expériences et les savoirs accumulés par les générations qui nous ont précédés. Nous avons tout avantage à intégrer les éléments des différentes traditions sans rejeter d’emblée ce que nous connaissons mal.

Au delà des principes actifs des plantes, nous avons tous déjà fait l’expérience du pouvoir régénérant de la nature. Nous savons que nous gagnons de l’énergie à son contact même sans pouvoir l’expliquer concrètement. En suivant la voie de l’alchimie végétale, nous sommes amenés à comprendre cet effet et à l’utiliser de façon plus consciente. Finalement, c’est notre capacité à laisser luire notre propre lumière qui ouvre notre conscience à l’harmonie et la santé. Un mode de faire qui touche tout notre être pour nous emmener sur les chemins de la joie de vivre.                                                                                         

  • *¹ avec l’autorisation de Viviane.
  • *² ou tussilage

Pour aller plus loin:

  • 6-7-8 Mai 2011: Introduction à l’alchimie: « L’entrée en relation avec les êtres-plantes », 1er niveau avec Julie Breukel Michel. Info

Il vous est aussi possible de nous commander le livre de Viviane Le Moullec: « Nos amies les plantes ». 

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